13.06.2007

La guerre du maïs aura-t-elle lieu ?

Coca, Pepsi, Heinz, Kellogg's et de nombreux producteurs de volailles et de porcs ont dénoncé dans une lettre commune l'objectif de l'administration Bush de porter d'ici 2020 la production américaine d'agro-carburants à 36 milliards de gallons, soit sept fois plus qu'actuellement. Pourquoi l'industrie agro-alimentaire s'effraie-t-elle d'une mesure destinée à améliorer la sécurité énergétique américaine ? Parce que près de la moitié de ces agro-carburants serait produite avec du maïs.

Cette nouvelle utilisation du maïs leur pose problème compte tenu du niveau de l'objectif annoncé. En effet, au moins un tiers des cultures de maïs sera alors exclusivement consacré à la production de carburant et le besoin en surfaces cultivées augmentera de 350 000 km². Cela pose problème en terme d'érosion des sols et de consommation d'eau. Mais ce que craignent surtout les industriels de l'agro-alimentaire, c'est que la culture du maïs empiète alors sur celle du blé, ce qui aurait pour effet immédiat de faire monter les cours mondiaux et poserait des problèmes d'approvisionnement.

Tout à fait dans la lignée de ce que je rapportais précédemment. Mais ce qui est intéressant, c'est que là ce ne sont pas les plus démunis, pourtant directement impactés par la hausse des prix du maïs, qui se font entendre. Non, ce sont des multinationales qui montent en première ligne. Pas n'importe qui, vous l'avouerez. Va-t-on vers une guerre des ressources qui verraient s'affronter non pas des Etats-nations, mais des multinationales ?

De l'autre côté du Pacifique, les dirigeants chinois font face à une hausse du prix du porc suite à la peste porcine, la maladie de "l'oreille bleue", qui a déjà tué 18.000 porcs et contaminé plus de 27.000 autres en Chine. Julia/Guy-Philippe l'évoque en expliquant que l'inflation du prix du porc s'est déjà communiquée au prix des oeufs. Elle/il rappelle qu'"il y a dix-huit ans, c'est une crise d'inflation qui a jeté dans la rue étudiants, ouvriers et paysans. Ce mouvement de masse s'est terminé par le massacre de Tienanmen."

Le maïs étant l'aliment principal du porc des campagnes en Chine, le doublement du prix des contrats à terme sur le maïs aux Etats-Unis est un élément d'alerte supplémentaire. C'est dans ce contexte que Beijing a donc annoncé un moratoire sur la production de biocarburant. Les quatre producteurs chinois
d'éthanol vont devoir utiliser du sorgho et du manioc.


08.06.2007

Nicolas, Pimprenelle et Gros Nounours

Je reproduis ici le texte de Dominique Guillet de l'association Kokopelli (qui oeuvre à la protection de la biodiversité et à la production et distribution de semences issues de l'agriculture biologique et biodynamique) tel qu'il est diffusé sur A l'évidence, le blog de So-Ann.

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Suite aux dernières déclarations de la ministre de l’Agriculture, le Grenelle de l’Environnement nous apparaît de plus en plus comme une gigantesque mascarade (qui porte les masques?) ou un pathétique théâtre de marionnettes (qui tire les ficelles?) qui n’est pas sans nous rappeler un somnifère télévisé qui fut lancé quelques années avant mai 68 (et les accords de Grenelle) et qui faisait la joie des petits et grands enfants: Nicolas, Pimprenelle et Gros Nounours.

Gros Nounours descend raconter de belles histoires aux enfants et remonte ensuite sur son nuage conduit par le marchand de sable qui lance une poignée de sable doré dans les yeux des enfants pour les endormir et s’éloigne en jouant au pipeau la musique de “Que ne suis-je la fougère”: “Que ne puis-je par un songe, Tenir son coeur enchanté ! Que ne puis-je du mensonge, Passer à la vérité !” Qui sont le gros Nounours et le marchand de sable au pipeau? Dormez, dormez, la petite France d’en-bas. Un peu de grenelle au sable doré et vous serez bientôt narcosé et dupé.

Si l’on en croit le dernier communiqué de Mme Lagarde, ministre de l’Agriculture, nous sommes loin de passer du mensonge à la vérité! Alors que l’Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture (FAO) vient de déclarer, en début mai 2007, que l’Agriculture Biologique peut nourrir toute la planète sans impact négatif sur l’environnement, madame la Ministre nous ressert la grande farce de l’agriculture raisonnée comme étant l’agriculture écologique du futur.

Non, Madame Lagarde, l’agriculture raisonnée n’est pas une agriculture durable respectueuse de l’environnement. L’agriculture raisonnée n’est qu’une des variantes de l’agriculture “irraisonnée” et toxique qui sévit depuis 60 années, qui a été mise en place et soutenue par tous les gouvernements (quelle que soit leur coloration politique) et qui a fait de la France une poubelle agricole génératrice de cancers. La seule agriculture durable est une agriculture sans pesticides, sans intrants de synthèse et sans chimères génétiques et qui met en oeuvre des pratiques culturales issues tout autant des traditions paysannes que des recherches de l’agro-écologie.

Non, Madame Lagarde, la croissance agricole et la durabilité ne sont pas conciliables. Les nappes phréatiques sont vides, les sols sont morts, les cours d’eau sont pollués, les pollinisateurs ont été éradiqués, l’atmosphère de la capitale est viciée par les pesticides et l’agriculture toxique est en partie responsable du réchauffement climatique puisqu’elle libère du CO2.

Nous comprenons fort bien votre souhait “de restaurer le prestige des agriculteurs” car il a, en effet, beaucoup souffert de par les terribles dégâts provoqués par l’agriculture toxique depuis un demi-siècle. Nous comprenons beaucoup moins votre souhait pour l’agriculture “d’achever de se réconcilier avec la société”. Pensez-vous sincèrement qu’elle ait déjà commencé à se réconcilier? Et qu’a-t-elle donc, d’ailleurs, à se faire pardonner?

L’Agriculture Biologique ne représente qu’à peine 2 % de la surface agricole tandis que l’agriculture toxique continue d’imposer ses chimères génétiques (refusées par le peuple Français) dont un maïs de Monsanto strictement interdit par les experts de sept pays Européens en raison du danger qu’il représente pour la santé humaine.

Non, Madame Lagarde, vous ne pouvez pas parler de sécurité alimentaire alors que le scandale des pesticides est en train d’éclater au grand jour. L’agriculture toxique produit des aliments-poisons générateurs d’allergies, de cancers et autres maladies de dégénérescence.

Nous dénonçons, tout d’abord, le scandale des nécro-carburants qui vont générer une insécurité alimentaire sur toute la planète tout en intensifiant les pollutions environnementales dues à l’agriculture productiviste.

Nous dénonçons la campagne d’intoxication de l’association Farre qui, en partenariat avec le GNIS, et autres entreprises du secteur, vient d’adopter le slogan mensonger “Avec l’agriculture raisonnée, semons la biodiversité”. L’association Farre, avec moins de mille adhérents dont une partie seulement sont des agriculteurs, doit représenter à peine 0,1% des agriculteurs Français! Elle a été créée en 1993 par l’UIPP, l’Union des Industriels de la Protection des Plantes (en fait, les Promoteurs de Pesticides). L’agriculture raisonnée dissémine des pesticides et non de la biodiversité.

Soit dit en passant, c’est Kokopelli qui sème de la biodiversité en France et c’est pour cela que nous sommes conviés devant les tribunaux de la République!

L’association Farre n’est qu’une farce et façade de l’UIPP dont le directeur, Jean-Charles Bocquet, vient de déclarer dans un éditorial récent qu’il ne pouvait pas imaginer un monde sans pesticides. On se l’imagine bien puisque l’UIPP regroupe tous les grands noms de l’agro-chimie: Monsanto, Syngenta, Bayer, BASF, Du Pont de Nemours, Dow Agrosciences, Cheminova, etc. Selon Mr. Bocquet, grâce aux pesticides, le 20 ème siècle a été un siècle sans famines. Vraiment? 36 000 personnes qui meurent de faim tous les jours, cela finit par faire des centaines de millions de citoyens planétaires qui trépassent avant l’âge. Mr. Bocquet faisait-il sans doute référence à des famines “occidentales”.

Si nous faisons le bilan de l’agriculture Française, nous avons 1,5 % d’agriculture biologique, 0,1% d’agriculture “raisonnée” et 98% d’agriculture “irraisonnée”. Et l’agriculture irraisonnée semble bien stable, quant à ses pratiques, puisque les derniers chiffres de ventes de pesticides dont nous disposons (pour l’année 2005) témoignent d’une augmentation d’environ 5%.

Nous avons donc d’une part l’UIPP qui ne peut pas imaginer un monde sans pesticides et d’autre part la FAO qui affirme que l’agriculture biologique peut nourrir toute la planète sans détruire l’intégrité des écosystèmes. Qui croire? Les vendeurs de poisons ou les experts agricoles des Nations Unies?

Il n’y a qu’une “rupture” écologique possible, c’est la promotion de l’Agriculture Biologique. Mais la vraie, pas celle que la Commission Européenne est en train de nous proposer sous la pression des lobbies avec des cahiers de charge qui seraient plutôt des cahiers de “décharge”: une pincée de pesticides par-ci, un peu de contamination génétique par-là, et une poignée d’intrants issus de cultures transgéniques…

Quant au Grenelle de l’Environnement, s’il est à la hauteur des ambitions actuelles du ministère de l’Agriculture, en matière de protection de l’environnement et des citoyens, mieux vaut sans doute rester chez soi et cultiver son jardin. Il ne serait, d’ailleurs, pas étonnant de voir les multinationales de l’agro-chimie s’inviter à la table. Ne prétendent-elles pas travailler avec “les sciences de la vie”? On peut déjà s’imaginer de beaux slogans durables “Pour lutter contre le réchauffement climatique, semez des chimères génétiques”.

Et si nous proposions un contre-forum? Nous pourrions l’appeler “Négrelle de l’Environnement” et nous pourrions y inviter tous les opprimés de la mondialisation: les esclaves des plantations de canne à sucre au Brésil qui font de l’éthanol pour les automobiles de France, les esclaves immigrés dans les serres de légumes du sud de l’Espagne, les paysans Colombiens pourchassés par les milices qui implantent des palmiers à huile pour le diesel végétal des voitures des nantis, les paysans Mexicains pour lesquels le prix de la tortilla a augmenté de 160 % suite au boom de l’éthanol aux USA, les paysans Indonésiens torturés auxquels on vole les terres et les forêts pour implanter des monocultures, les paysans Argentins chassés de leurs terres par la folie du soja pour engraisser les vaches des occidentaux, les paysans Africains ruinés par le dumping des cultures subventionnées par l’Europe, les paysans Paraguayens brûlés par le paraquat de Syngenta épandu par avion avant le semis direct de soja transgénique, les paysans Français atteints de la maladie de Parkinson suite à l’exposition aux pesticides, les paysans Indiens qui se suicident par dizaines de milliers ruinés par le coton transgénique de Monsanto, les paysans d’Amérique centrale qui meurent, dans les bananeraies, du Nemagon de Dow Agrosciences et les petits garçons Argentins de 10 ans qui courent avec des drapeaux rouges sous les avions qui épandent le RoundUp de Monsanto sur les champs de soja transgénique pour que le précieux glyphosate ne manque pas sa cible ….

Tout cela, non pas pour se complaire dans la douleur. Mais pour répéter et prouver que l’agriculture moderne occidentale tue et pour affirmer que demain, tout est possible.

Même un monde sans pesticides.


09.05.2007

L'empreinte de mon assiette

Via un autre billet de Lune de Neptune, je suis arrivé sur le site Earth Day Footprint Quiz. Le questionnaire est disponible pour un large choix de pays. Je choisis la France, je réponds aux questions qui restent assez générales, et la machine me sort les résultats.

PAR CATÉGORIE HECTARES GLOBAUX
ALIMENTATION 1.6
 
TRANSPORTS 0
 
LOGEMENT 0.8
 
BIENS ET SERVICES 0.9
 
VOTRE EMPREINTE TOTALE
3.3
 

 

Ce ne sont pas les chiffres en tant que tels qui sont intéressants. Ils montrent que j'ai une empreinte écologique trop importante, mais le suspense n'était pas vraiment intense. Par contre, j'ai été assez surpris de la répartition entre les catégories. Pour faire simple : 1/4 logement, 1/4 biens et services, 1/2 alimentation.

Ce test est très sommaire, mais il attire l'attention en ce qui me concerne, sur l'impact de mes - mauvaises - habitudes alimentaires.

 

1 kg de viande

Lu chez Lune de Neptune (qui l'avait lu sur le site de l'Institut bruxellois pour la gestion de l'environnement qui relayait ces données du Réseau éco-consommation), ces quelques chiffres sur la production d'1 kg de viande (de boeuf) :

  • pour produire 1 kg de viande, il faut le même temps et la même surface de terre que pour produire 160 kg de pommes de terre;
  • avec la quantité d'eau nécessaire pour produire 1 kg de viande de boeuf, on pourrait se doucher quotidiennement pendant 1 an;
  • pour produire 1 kg de viande de boeuf, il faut 7 litres d'essence (!);
  • la production d'1 kg de viande de boeuf génère près de 80 fois plus de gaz à effet de serre que celle d'1 kg de blé, et représente l'équivalent de 60 km parcourus en voiture.
Pour faire des éco d'eau, il suffit de manger moins de steack. Il fallait y penser !!

 

01.05.2007

Notre éthanol vaut plus que leur nourriture

Billet très intéressant de Vincent Jauvert sur la hausse des prix du maïs et du manioc suite à la mise en place de la filière de production de l'éthanol.

La moitié de l’éthanol est produite aux Etats-Unis et ce, à partir du maïs. Bush a promis que l'Amérique allait en produire cinq fois plus d’ici 2017.

Alléchés par les aides fiscales, les producteurs de maïs vont préférer vendre leur récolte aux fabricants d'éthanol. Or, pour fabriquer suffisamment d’éthanol pour remplir un réservoir de 4x4, il faut utiliser plus de 200 kilos de maïs.

Conséquence: selon les calculs de l'International Food Policy Research Institute, le prix du maïs va augmenter de 20% d’ici 2010 et 41% d’ici 2020.

D’ores et déjà, au Mexique, le prix de la farine de tortilla (fabriquée à partir de maïs importé des Etats-Unis) a doublé depuis un an.

Autre conséquence: le prix du manioc -nourriture de base de 200 millions d'Africains- va lui aussi flamber (+135% d’ici 2020 !).

Une fois de plus, les solutions des uns sont les problèmes des autres. On ne peut pas vivre tous pacifiquement sur cette planète en ayant chacun une voiture et toute la panoplie du parfait consommateur. On ne peut pas faire l'économie d'une réduction de l'empreinte écologique de notre mode de vie. Ca signifie le revisiter et le révolutionner. On aura beau  geindre, se plaindre, fantasmer, on n'y coupera pas. Facteur 4 (pour les français) oblige !

Comment faire ? Et surtout, comment rendre cet objectif souhaitable par le plus grand nombre ? 

 

27.04.2007

La biodiversité à travers des exemples

Trouvé à partir du blog Un geste par jour, un ouvrage intitulé "La biodiversité à travers des exemples" réalisé par le Conseil Scientifique du Patrimoine Naturel et de la Biodiversité (CSPNB) et disponible sur le site du MEDD (Ministère de l'Environnement et du Développement Durable) .

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Différents thèmes sont traités, dont l'alimentation. Extraits :

Entre un gazon anglais et une prairie naturelle, quel est le milieu le plus productif ? La réponse n’est pas forcément celle qui vient spontanément à l’esprit.

En Amérique du nord, des chercheurs ont réalisé des semis de prairies, en tirant au hasard le nombre et la nature des espèces utilisées, parmi un choix de 32 herbacées. Cette expérience a montré que la productivité, c’est-à-dire la quantité d’herbe produite chaque année, augmente fortement avec le nombre d’espèces (jusqu’à un certain point).

Le facteur le plus important pour une forte productivité est la coexistence d’espèces au fonctionnement écologique distinct (par exemple, capacité ou non à capter l’azote atmosphérique).

Des études menées en Europe ont confirmé le lien entre biodiversité et productivité. Cette relation est avant tout due à la complémentarité et à la coopération entre espèces.

L'industrialisation de l'agriculture passe logiquement à côté de ces mécanismes naturels.

We feed the world

medium_feed.jpg“ Étant donné l’état actuel de l’agriculture dans le monde, on sait qu’elle pourrait nourrir 12 milliards d’individus sans difficultés. Pour le dire autrement : tout enfant qui meurt actuellement de faim est, en réalité, assassiné. ” - Jean Ziegler - Rapporteur auprès de l'ONU

Le film We feed the world est sorti ce mercredi 25 avril.