24.08.2007

Vacances, j'oublie tout

Un peu énervé ce soir après avoir vu l'annonce sur M6 du Zone Interdite de dimanche. Quels sujet chaud va être couvert par les intrépides reporters qui osent au mépris de rien du tout fabriquer cette zone interdite à toute intelligence ? Je te l'donne en mile, Emile : les vacances de milliardaires. C'est d'actualité, certes. Les vacances. Les miliardaires ? Il n'y en a jamais eu autant, donc je suppose que c'est aussi d'actualité. Bref, pourquoi pas après tout. Il faut bien faire saliver mouiller rêver ces veaux nos conso-mateurs le bon peuple de France.

Et là c'est la déferlante de jet-set, de yacht, de champ', de coke. Le ballet du grand n'importe quoi.

Les pérégrinations parfois surprenantes et non dénuées d'imprévus pour trois vacanciers milliardaires. Au sommaire :

"Christian Audigier, 48 ans, a réalisé son rêve américain". Français originaire d'Avignon, Christian Audigier a fait fortune aux Etats-Unis en créant une marque de vêtements. Virée en moto à Las Vegas et organisation d'une fête somptueuse pour son anniversaire sont au programme de ses vacances.

"Denise Rich, ex-épouse du milliardaire américain Marc Rich". Cette figure de la jet-set internationale fait un périple de New York à Marrakech, en passant par Cannes et Saint-Tropez.

"Le Français Max Azria, l'une des grandes réussites du monde de la mode". Propriétaire d'un groupe de 17 marques, Max Azria a prévu une croisière entre Saint-Tropez et la côte Amalfitaine sur un yacht de 60 mètres. Une périple qui lui réserve quelques surprises.

Moi qui voulait écrire un post sur les vacances écolo, je suis calmé. Voir autant de déconnexion entre ce monde artificiel dont on veut nous faire croire qu'il est la juste récompense d'une réussite brillante et la marche du monde, ça me fout la gerbe. Nous détruisons consciencieusement notre support de vie dans un tourbillon infernal de consommation et en plus, les pires gaspilleurs de ressources sont placés sur le devant de la scène alors qu'ils devraient être dénoncés pour leur comportement aveugle et criminel ! 

Alors le post sur les vacances écolo, ce sera pour plus tard. Ce soir, c'est coup de gueule.

D'ailleurs quand l'IFEN (l'Institut Français de l'ENvironnement) sort les statistiques montrant le caractère polluant des vacances, il met en exergue et à juste titre la responsabilité écrasante des déplacements en voiture. Il serait intéressant de pousser l'analyse un peu plus loin et d'arriver à sortir le coût environnemental des vacances en fonction des revenus des foyers. Et les pauvres ne seraient surement pas les pollueurs !

18.06.2007

De Truffaut aux arbres du mal

Hier, après avoir voté, je suis allé faire un tour chez Truffaut avec en tête mes réflexions sur le crime global que constitue le massacre des forêts primaires. Je suis donc allé fureter du côté des salons de jardin pour voir quels bois sont utilisés, leur provenance, et si des labels viennent tenter de garantir tout ça.
Résultat des courses : du teck d'Indonésie sur quasiment tous les modèles que j'ai vus, une étiquette avec teck du Vietnam, et une pour du robinier de Pologne (robinier qui n'est autre que de l'acacia, merci Wikipedia). Des labels ? Aucun.

Pour lever mes doutes, je viens de consulter les résultats de l'enquête 2007 du WWF dans le cadre de sa campagne « Je dis non au bois illégal ».
Les résultats sont synthétisés dans ce tableau. Assez éloquent, non ?
 

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Plus précisément :

Truffaut

Nombre de magasins analysés : 6
Note : 2,2/20

Une offre en bois certifié FSC réduite à 9%. Aucune valorisation de ce mobilier. Le reste des produits provient potentiellement de l'exploitation illégale des forêts. 1 mobilier sur 5 peut provenir d'une essence d'arbre menacée.

Effectivement, si le teck vient d'Indonésie, il a toutes les chances de provenir de l'exploitation illégale de forêts puisque dans ce pays les volumes de bois illégal sont de 73 % de l'ensemble de la production. Plus largement, c'est près de 40 % des importations françaises de bois tropical qui seraient issues d'exploitation illégale. Et quelle provenance pour ce bois ?

32% des importations de bois tropical de la France viennent du Gabon, 17% viennent du Brésil, 11% de la République du Congo et 6% du Cameroun. La majorité des importations vient donc d’Afrique Centrale.

Et le WWF ajoute :

Ces données sont très certainement en-deçà du véritable flux de bois tropicaux en France. Il est en effet très difficile d’estimer les volumes de produits tropicaux transformés qui arrivent en France. Par exemple, un mobilier de jardin fabriqué en Indonésie et importé en France pourra échapper aux statistiques des douanes.

On estime que, depuis la crise asiatique, les produits finis importés d’Asie représentent le même volume que les produits bruts ou semi-transformés venant d’Afrique. Ces produits représentent au moins 50 % de volume de bois tropical en plus.

Et plus loin :

Les infrastructures nécessaires au transport du bois contribuent également à cette disparition. En effet, l’aménagement de routes à travers la forêt vierge permet aux agriculteurs d’y pénétrer, de défricher et facilite la transformation de la forêt en plantations agricoles. Les spécialistes estiment que 40 % de la destruction de la forêt tropicale provient de sa conversion en plantations ou en cultures permanentes, en incluant les incendies massifs dont elles sont la cause. Ainsi, en Indonésie, la forêt tropicale a été remplacée par d’immenses exploitations de palmiers à huile. Ces monocultures appauvrissent les sols et n’assurent pas les différentes fonctions d’une forêt naturelle.
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Ca me rappelle quelque chose, ces palmiers à huile... Et oui, c'est bien eux qui sont dénoncés dans le dossier de Politis intitulé Les arbres du mal, comment la production d'agrocarburants à partir de l'huile de palme prépare une catastrophe humaine (dossier téléchargeable qui constitue les actes d'un colloque organisé le 9 mai 2007 à Bruxelle par Alain Lipietz).

Pour résumer.

Le mobilier de jardin que l'on achète inconsciemment (une fois que l'on est averti, non seulement on en vaut deux, mais surtout on n'achète plus son mobilier de jardin de la même façon, n'est ce pas ?), provient donc vraisemblablement d'une forêt dévastée qui a été remplacée par une monoculture d'huile de palme destinée à la production d'agrocarburant que l'on achètera, là encore inconsciemment, pour remplir le réservoir de sa chère voiture. Le tout en ayant bonne conscience puisqu'on a acheté du bois plutôt que du plastique et du biocarburant plutôt que du sans plomb. Magique, non ? Tout se tient, les intermédiaires se remplissent les poches, les populations locales on s'en cogne (voire on les cogne) et le reste basta !

16.06.2007

La nouvelle frontière de l'exploitation forestière

Les chercheurs du Woods Hole Research Center viennent de publier un article sur la surveillance par images satellites de la progression des routes forestières à travers la forêt du bassin du Congo. Voici une traduction (qui vaut ce qu'elle vaut) du résumé de Expansion of Industrial Logging in Central Africa.

L'exploitation forestière est devenue l'utilisation de sol la plus extensive en Afrique Centrale avec plus de 600 000 km² de forêt actuellement en concession. Grâce à une série d'images satellites couvrant la période de 1976 à 2003, nous avons mesuré 51 916 km de nouvelles routes forestières. La densité de routes à travers la région forestière était de 0,03 km par km², mais des zones du Gabon et de Guinée Equatoriale dépassent le chiffre de 0,09 km par km². Une nouvelle frontière de l'expansion de l'exploitation forestière a été identifiée à l'intérieur de la République Démoncratique du Congo, qui contient 63 % de la forêt restante de la région.

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Logging concessions and road distribution in Central Africa:
Cameroon (1), Central African Republic (2), Equatorial Guinea (3), Gabon
(4), Republic of Congo (5), Democratic Republic of Congo (6).

 

Plus d'infos en français disponibles dans l'article de Mediaterre :

Des données collectées, les chercheurs estiment que près de 30% des forêts d'Afrique centrale (deuxième massif forestier tropical de la planète après l'Amazonie) sont livrées à l'exploitation du bois. La construction des routes forestières est passée de 156 km par an entre 1976 et 1990 à 660 km par an depuis 2000 au Congo-Brazzaville et de 336 km par an entre 1986 et 1990 à 456 km par an entre 2000 et 2002 en RDC. Ces routes ouvertes pour l'abattage du bois représentent 38% de toutes les routes tracées. A travers ces données sur les routes forestières, les auteurs veulent montrer que les forêts denses et humides du Bassin du Congo ne sont plus aussi inaccessibles qu'il y a quelques années, ce qui devrait accroître la déforestation et les menaces sur la biodiversité.

Les auteurs de l'étude indiquent que les coupes industrielles sont essentiellement sélectives et portent sur des arbres à haute valeur ajoutée à l'export tels que les acajous africains. Ils rappellent par ailleurs le lien entre la déforestation et le changement climatique : on estime ainsi que chaque année, la déforestation tropicale engendre la même quantité de gaz à effet de serre (GES) que les Etats-Unis, soit plus de 20% des émissions mondiales de gaz carbonique (CO2). La destruction annuelle de 15 millions d'hectares de forêt équivaut à l'injection de plus de 1,5 milliard de tonnes de carbone dans l'atmosphère.

Il est très clair que ce sont les marchés occidentaux qui créent la demande en bois tropical. Demande qui donne de la valeur à ces arbres et en font la cible des compagnies forestières. Par ailleurs, on assiste là à un crime environnemental global : destruction d'une biodiversité d'une richesse inouïe et émissions massives de gaz à effet de serre. Les premières victimes sont sur place, toutes les autres peuplent cette planète.

15.06.2007

Rendre le pollueur visible

J'avais écrit un billet à propos des usines d'agrocarburants de l'Iowa qui se sont rendues coupable de pollutions. Alexis rajoute dans Ecopolit qu'une carte google a été réalisée qui permet de visualiser l'ensemble des usines d'agrocarburant et de voir celles qui polluent.

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 On peut accéder à la carte ici et connaître pour chaque usine le détail des infractions constatées.

12.06.2007

Déchèteries et pesticides

Pour poursuivre avec les pesticides, je voudrais relayer les résultats de l'enquête régionale "Déchèteries et pesticides" menée par la Maison de la Consommation et de l'Environnement (MCE) de Rennes entre décembre 2005 et février 2006.

Quel est le circuit de fin de vie des pesticides ramenés en déchèterie par les particuliers ?

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1. Les particuliers ont des pesticides non utilisés chez eux.
2. Ils les apportent dans une déchèterie les acceptant.
3. La collectivité qui gère la déchèterie les stocke avec les autres DMS (déchets ménagers spéciaux).
4. Un collecteur vient chercher ces pesticides pour les amener sur une plate-forme de transit de DMS où les DMS sont regroupés les uns avec les autres.
5. Un collecteur vient chercher ces pesticides pour les amener sur une plate-forme de regroupement où ils sont déconditionnés et regroupés par catégories de produits chimiques.
6. Un collecteur vient ensuite chercher ces pesticides pour les emmener vers l’unité de traitement approprié :
- soit dans un centre d’enfouissement (CSDU1) (5% des cas)
- soit dans une usine d’incinération de produits toxiques (95% des cas)
7. Avant d’être incinérés, certains pesticides font l’objet d’un traitement physico-chimique.
8. Les résidus toxiques de l’incinération partent en CSDU1.

Les 63 collectivités ayant répondu travaillent avec quatre groupes industriels : Véolia, Chimirec, Séché et Suez. La collecte et le traitement sont sous-traité à une société unique. Mais Chimirec et Suez qui n'ont pas d'usine d'incinération de pesticide sous-traitent systématiquement l'incinération à l'un des deux autres groupes. Très majoritairement, les pesticides collectés dans l’Ouest sont incinérés dans 2 usines :
  • SARP industries à Limay (78) groupe Véolia
  • TREDI à Salaise sur Sanne (38) groupe Séché
Mais d’autres centres d’incinération sont parfois utilisés :
  • SOLAMAT-MEREX à Rognac (13) groupe Véolia
  • SIAP à Bassens (33) groupe Véolia
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Quelques exemples de circuits* de pesticides connus :
- Rennes métropole : Rennes (35) – Saint Herblain (44) – Limay (78) = 523 Kms
- Brest métropole Océane : Brest (29) – Javené (35) – Salaise (38) = 1 062 Kms
- Sictom des Chatelets : Saint Brieuc (22) – Javené (35) – Salaise (38) = 919 Kms
- CA du Pays de Lorient : Lorient (56) – Saint Jacques de la Lande (35) – Salaise (38) = 943 Kms
* sans compter le circuit : déchèteries – centre de transit

Le traitement des pesticides correspond à beaucoup de transports par camion avec des distances de l'ordre de 1 000 km qui sont tout à fait courantes.

La tonne de pesticides est facturée en moyenne 1 543 euros HT par les sociétés de collecte et de traitement.

A l'heure actuelle, les industries phyto-sanitaires ne contribuent pas financièrement à la collecte et au traitement des pesticides des particuliers.

La prévention progresse, la toxicité demeure, le combat continue

Ce sont la multiplicité des molécules (près de 900 utilisées en France) et le décalage temporel entre l'utilisation de produits cancérigènes et l'apparition des maladies qui rendent la désignation des "coupables" si complexe. C'est pourquoi la MSA (Mutualité Sociale Agricole) s'est emparée du problème et a entrepris un recensement des intoxications en lien avec les pesticides.

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Un numéro vert phyt'attitude (0 800 887 887) a été mis en place en février 2004 pour recueillir les plaintes des utilisateurs de produits. Il est systématiquement affiché sur l'emballage des produits phyto. Voici quelques éléments présentés dans le dossier de presse du 30 mars 2007.

Le bilan Phyt’Attitude janvier 2004 - juin 2005 recense 319 dossiers de signalement dont 183 pour l’année 2004 et 136 pour le premier semestre 2005. 48% des signalements émanent spontanément des victimes (soit 17% de plus qu’en 2002-2003) ; 43% proviennent des exploitants (soit 30% de plus).

La majorité des signalements concernent trois catégories de produits : les insecticides et acaricides (35%), les fongicides (27%) et les herbicides (27%).

Après expertise toxicologique, plus de 2/3 des dossiers retenus présentent un lien significatif de cause à effet entre les produits utilisés et les troubles ressentis. 24% des troubles signalés sont cutanés, 20% hépato-digestifs, 19% neurologiques et neuro-musculaires. On compte aussi des troubles respiratoires (10%), neurosensoriels-oeil (10%) et ORL (8%). Plus de la moitié des signalements présentent une intervention médicale avec un accroissement du nombre d’hospitalisations (22% contre 17% en 2002-2003), sachant que 28% de ces dernières sont dues à des troubles hépato-digestifs, 24% à des troubles neurologiques et neuro-musculaires, 12% à des troubles respiratoires. 7% des intoxications sont passives (exemple : contact avec une culture traitée), un chiffre toujours trop important.

Pour aller au-delà du recensement des intoxications, l'étude AGRICAN a été lancée fin 2005 pour identifier le lien entre certains cancers et certaines activités agricoles.

La MSA a envoyé 570 000 questionnaires à ses affiliés dans 12 départements. Le taux de retour, aujourd’hui de 20% (120.000 personnes), devrait atteindre les 30% après relance, soit plus de 150 000 réponses. Il s’agira ainsi de la plus grande cohorte jamais réalisée dans ce type d’enquête.

Les premiers résultats seront disponibles en 2008-2009.

Pesticides et tumeurs au cerveau

Deux infos sur les pesticides.

Tout d'abord avec l'association Air Pays de la Loire qui a réalisé durant l'été 2006 une campagne de mesure des pesticides dans l'air du vignoble d'Anjou à Martigné-Briand. Les résultats ? Sur 62 produits recherchés, 12 ont été trouvés sur les deux sites de mesure (dans le bourg et sur une exploitation). Environnement-online qui rapporte l'information ajoute que selon la fédération Atmo (qui représente l’ensemble des 38 associations agréées pour la surveillance de la qualité de l’air),

"un quart à trois quarts des pulvérisations phytosanitaires ne se déposent pas sur les aires traitées. Ce taux peut atteindre 90 % sur des sols humides. Or au niveau national et européen, il n’existe pas de réglementation portant sur la présence des pesticides dans l’air"

L'autre info est la publication d'une étude dans la revue Occupational and environmental medicine :
Brain tumors and exposure to pesticides: a case-control study in southwestern France
. L'étude a été menée sous la direction d'Isabelle Baldi qui est à la fois Docteur en médecine, Docteur en épidémiologie, spécialisée en santé publique, Maître de Conférences à Bordeaux 2 et praticien hospitalier en médecine du travail au CHU de Bordeaux (ouf !). Un article du Monde du 11 juin, Les pesticides, un risque sanitaire avéré mais encore mal pris en compte, en présente les principaux résultats.

Les paysans, fortement exposés aux pesticides, mais aussi les personnes qui les utilisent pour leurs plantes d'intérieur, ont statistiquement deux fois plus de chances de développer des tumeurs au cerveau. (...) Menés sur plus de cinq cents patients, ces travaux s'ajoutent à une littérature scientifique déjà fournie, montrant que l'exposition aux pesticides augmente les risques de plusieurs types de cancer (gliomes, sarcomes, cancers de la prostate) ainsi que des pathologies neuro-dégénératives, des hémopathies et des troubles de la reproduction. (...) Mme Baldi dresse un bilan sans équivoque : "Il existe dans le monde une trentaine d'études qui montrent toutes une élévation du risque de tumeurs cérébrales, et des dizaines d'autres qui témoignent d'une hausse de la fréquence des autres pathologies."

On sait donc que les pesticides utilisés massivement par notre agriculture chimique polluent les cours d'eau, se retrouvent dans l'air que nous respirons et affectent la santé humaine.

31.05.2007

Métabolisme territorial

df6f61b7a6db2355cb9d2b259889b247.jpgJ'ai reçu par mail le sommaire de l'excellent magazine LaRevueDurable qui paraitra mi-juin (cliquer sur la vignette pour voir l'image correctement). Le dossier de ce numéro sera consacré à l'écologie industrielle et au métabolisme territorial.

Explications :

L'écologie industrielle consiste à envisager et à étudier le système industriel comme un cas particulier d'écosystème. Appelé aussi « économie circulaire », cette approche cherche à faire évoluer le système économique vers un fonctionnement en boucle, dans lequel les déchets des uns - ménages, industries, administrations - sont les ressources des autres. L'énergie solaire constituant le seul apport extérieur d'énergie au système.

Utiliser en boucle les chiffons, le verre, les os d'animaux, les excréments et les métaux, c'est ce que faisait à très grande échelle la France au XIXe siècle. Victor Hugo écrivait alors : « Si notre or est fumier, en revanche notre fumier est or. » Mais depuis, toutes ces boucles ont été rompues avec l'invention du déchet et de la poubelle.

Ce dossier de LaRevueDurable fait le point sur des expériences qui, depuis une dizaine d'années, remettent à nouveau en pratique l'écologie industrielle en Europe. La ville de Lille et le canton de Genève sont les premières collectivités en France et en Suisse à avoir étudié leur métabolisme territorial - c'est-à-dire les flux de matières et d'énergie qui entrent et qui sortent de leur territoire - et à s'en servir comme outil de décision publique.

Le canton de Genève, le Club écologie industrielle de l'Aube et l'association Ecopal à Grande-Synthe tentent de faire coopérer les entreprises pour qu'elles utilisent les ressources en boucle. Au Royaume-Uni, 8000 entreprises participent à un programme national de recherche de synergies. Les quartiers Bedzed, près de Londres, et Nations, à Genève, sont deux exemples d'écologie territoriale qui impliquent des zones d'habitation.

Pour clore ce dossier, Suren Erkman fait le point de la situation de l'écologie industrielle en Europe et dans le monde.

Je suis spontanément intéressé par ce concept de métabolisme territorial. Nos sociétés modernes se sont développées grâce à l'énergie bon marché et abondante au cours du 20ème Siècle. Les stocks d'énergie fossile (uranium compris) se réduisant et la demande explosant, on commence à découvrir l'ajustement par le prix qui va faire beaucoup de dégats dans les années qui viennent. Dégats économiques et sociaux avant tout. Des territoires vont se trouver en difficulté (la Bretagnene produit que 5% de l'énergie qu'elle consomme par exemple) car ils sont en déséquilibre flagrant. Cette idée de métabolisme territorial doit sans doute permettre de faire le lien entre une collectivité locale et ses besoins physiques. 

J'ai hâte d'en lire plus sur le sujet ! 

12.05.2007

Les arbres du mal

Je vous reparle des bio-carburants, cette fois par l'intermédiaire d'Alain Lipietz qui a organisé mercredi 9 mai une conférence au Parlement européen intitulée Les arbres du mal. La production d’agro-carburants à partir du palmier à huile.

Voici ce qu'il écrit dans son billet de présentation :

La directive sur les Biofuels de 2003 fixant à 5.75 % la part des agri-carburants d’ici à 2010 est actuellement présentée par le Commission Européenne comme le miracle qui permettra à l’Union Européenne de réaliser les objectifs de Kyoto.

Pourtant, loin d’être le miracle annoncé, les agro-carburants sont déjà en train de ravager certains pays du Sud, qui, au travers d’accords bilatéraux iniques, sont devenus les producteurs des agro-carburants américains et européens au détriment de leurs propres cultures vivrières.

Les scientifiques tirent déjà la sonnette d’alarme : les agro-carburants, loin de résoudre le problème du changement climatique seraient en passe de l’aggraver. La déforestation d’immenses zones en Asie du Sud-est ou en Amérique Latine pour la culture d’agro-carburant destinés à l’exportation entraîne non seulement une perte croissante de biodiversité, mais les méthodes employées (assèchement de tourbes ; brulis...) seraient à l’origine d’un dégagement de CO2 plus important que l’utilisation de pétrole par les voraces automobiles des pays industrialisés !

Et les ONG droits de l’hommiste leur emboîtent le pas avec d’autant plus d’inquiétude qu’en plus de détruire la biodiversité et de menacer la souveraineté alimentaire, les multinationales développent leur industrie d’agro-carburants au mépris total des droits de l’homme les plus fondamentaux.

Le récent rapport de Fidel Mingorance pour la Coordination Belge pour la Colombie est sur ce point édifiant. Prenant l’exemple de la Colombie où le palmier à huile empiète chaque jour un peu plus sur la culture bananière, l’auteur nous montre comment les multinationales s’appuient sur un système "traditionnel" de réquisition des terres par la force pour étendre leur surface de plantation, et ce avec l’appui des paramilitaires amnistiés. Expropriations, menaces, humiliations, journées de travail sans fin, interdiction des syndicats, tel est le lot quotidien des travailleurs colombiens des plantations de palmier à huile.

Alors que la réduction globale des dépenses énergétiques est la seule et unique solution au changement climatique, l’Union Européenne pense résoudre ses problèmes en sous-traitant aux pays du Sud des marchés où ils ont tout à perdre. En plus de mettre en péril la souveraineté alimentaire des pays du Sud en utilisant les terres arables pour la production d’essence plutôt que pour la production d’aliments de consommation basiques (maïs, soja...), les agro-carburants font s’affronter une fois encore les droits de l’homme et les profits.

L’Union Européenne ne peut plus se faire la complice silencieuse de graves atteintes aux droits de l’homme sous prétexte de réaliser les objectifs de Kyoto. L’Union Européenne doit bannir immédiatement l’importation d’huile provenant des terres réquisitionnées et exploitées par les paramilitaires.

 Trois remarques :

  1. Substituer une énergie (les bio-carburants) à une autre (le pétrole) ne règle rien. La production de bio-carburant crée de nouveaux problèmes et ne résout rien de ceux liés à l'exploitation du pétrole.
  2. On ne le répètera jamais assez : la réduction globale des dépenses énergétiques est la seule et unique solution au changement climatique !
  3. Encore une fois, les colombiens sont les premières victimes de cette utilisation de leurs terres.

 

Pas que de l'eau

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 La femme de l'activiste emprisonné, Wu Yilong, derrière des échantillons d'eau collectés par Wu Yilong dans des lacs et rivières de Chine.
Via The Guardian, crédit photo : Teh Eng Koon/AFP/Getty Images